Le Meilleur Dev de France : entre mascarade officielle et fiasco technique

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Le concours du Meilleur Dev de France 2013, on l'avait vu arriver. Le buzz médiatique controversé mais soigneusement orchestré, les tarifs progressivement dégressifs des inscriptions à l'approche du jour J, les partenaires et intervenants prestigieux qui rejoignent le navire dans les derniers jours...


Un grand raout médiatique pour une finalité affichée : "mettre en avant le métier de développeur, et rendre honneur à cette population", pas assez valorisée et pourtant centrale dans tout l'industrie du numérique, dixit Stéphane Boukris, à l'initiative des festivités.

Si CodinGame suivait de près l'évènement, c'était pour une raison simple : nous avions été contactés il y a quelques mois par les organisateurs pour être partenaires et mettre à disposition notre plate-forme pour la réalisation technique du concours. On nous avait présenté une manifestation hors normes, "le plus grand hackathon jamais réalisé en France", une opportunité unique de promouvoir le métier au cœur du "temple du digital", l'école 42. 

Nous avions finalement décliné, 1) parce que l'idée d'un tarif payant plutôt prohibitif pour les participants ne collait pas avec l'idée que nous nous faisions d'un évènement dédié aux développeurs, qui les accueille et leur rend hommage, 2) parce que la finalité officieuse de recrutement de l'évènement ne nous semblait pas clairement explicitée, et, 3) plus indirectement, parce que nous ressentions instinctivement comme un doute, un scepticisme quant à la défense réelle de la cause derrière l'opération de com'.

Ce qui s'est passé hier semble nous donner raison.


Le show où le développeur est ROI ?


Pour l'occasion, un représentant de l'équipe CodinGame, Loick, s'est rendu sur place. Loick réalise des contenus pour nos challenges et fait la revue des exercices en beta-test avant chacun de nos contests. On attendait donc avec impatience son retour sur la réalisation technique de l'évaluation pour le concours du Meilleur Dev. 

Deux heures avant le démarrage de l'épreuve, les développeurs qui ont fait le déplacement se retrouvent devant les portes de 42. Il y a une vraie bonne ambiance, beaucoup d'échanges et une réelle satisfaction de se retrouver ensemble à l'occasion de l'évènement. Puis les portes s'ouvrent. Et c'est la douche. Sur fond de musique Star Wars plein tubes, les participants se font tirer le portrait. On leur lance des confettis. Dans les hauts-parleurs, une voix assène à répétition que "10 000€ cash" seront à gagner. Le vrai show à l'américaine, un peu too much. Plus d'un reste interloqué par cette débauche de paillettes faussement valorisante. Dans les couloirs et aux pauses cigarettes, des chasseurs de têtes et cabinets de recrutement pistent les participants pour leur demander leur email ou leur téléphone avec insistance. L'envers du décor.


Fiasco technique et déception


Côté infrastructure, la salle de 42 superbement équipée de rangées d'iMac donne réellement le change. En pratique, Isograd a dû pré-installer les environnements de développement sur les machines, une machine par langage (Java, PHP ou C#), leur IDE en ligne ne pouvant finalement pas être utilisé. Sur le format, il y a 11 questions. Pour passer à la question suivante, il faut passer tous les validateurs d'une question. Et c'est lors du changement de question que les participants obtiennent leur classement temporaire et le temps qui les sépare de la personne devant eux. Ça, c'est plutôt bien vu. 

Le concours commence par un redémarrage collectif des sessions, en raison d'un problème de connexion à la base de données. Puis c'est lancé. Tout se passe bien pour Loick jusqu'à la question 3, où une pop-up l'informe que la question n'existe pas. Il faudra attendre 20 minutes avant que le problème soit corrigé. Il parvient à enchaîner jusqu'à la question 4, a la présence d'esprit de sauvegarder son code, puis le système se bloque à nouveau. 45 longues minutes s'écoulent avant qu'il puisse se reconnecter. Le support des organisateurs n'est pas au rendez-vous. Loick est au milieu de la question 5 lorsqu'il doit se loguer à nouveau et là, il a la surprise de constater que la question 5 a changé. 

D'autres participants rencontrent le même problème. En échangeant entre eux, ils découvrent que les questions sont les mêmes pour tous, mais posées dans un ordre aléatoire. Pour gagner, il va donc falloir avoir de la chance au tirage, le gagnant déclaré étant celui qui aura résolu le plus de questions à la fin des deux heures imparties. Le sentiment qui prédomine chez ceux qui n'ont pas jeté l'éponge est : frustration et injustice. Difficile à digérer pour un évènement payant censé redorer le blason du métier.


Les invités


Pendant que les 1400600, 350, 250 développeurs codent intensément dans la magnifique salle de 42, les invités prestigieux se succèdent devant les caméras. On parle beaucoup de marketing, de stratégie commerciale, de big data (pour lequel le nouveau métier est "data scientist", qui à priori implique d'être consultant et de maîtriser les arcanes d'Excel - dit comme ça, ça fait rêver ), de la nécessité d'être fier d'être développeur, le développeur étant "la matière première au cœur de la révolution technologique". On aurait apprécié qu'il y ait les retours concrets de professionnels techniques sur l'évolution du métier. Les interventions sont ponctuées de plans sur la salle de développement, cet antre fascinant. Puis on annonce que le nom de l'heureux gagnant, le Meilleur Dev de France, va être dévoilé d'une minute à l'autre. Roulement de tambours. 

Dans la salle aux iMac, les participants perdent patience (et espoir). Il faudra attendre une vingtaine de minutes de plus pour qu'Olivier, vainqueur, soit désigné et vienne récupérer son chèque. On lui demande un discours. Il a eu la chance de pouvoir résoudre 8 questions, avec une suite de difficulté croissante (lucky guy!). L'équipe d'Isograd a le fair-play de s'excuser pour les désagréments. Les discours sont terminés, les participants redescendent mais dans la salle des conférences, tout le monde s'est déjà dispersé. Au final, les développeurs repartiront en taxi, par la petite porte. 

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En définitive, l'évènement semble avoir rempli ses objectifs médiatiques mais est loin de remporter l'adhésion de ceux qui ont tenté l'expérience du concours. Moins de faste et plus de respect auraient été les bienvenus. Au Meilleur Dev de France, le développeur est certes une denrée rare, une "population" que l'on fait mine de choyer mais que finalement l'on aime et connaît peu.


7 commentaires :

  1. C'est dommage l'initiative était pourtant bonne !!! peut être la prochaine fois sera la bonne ...

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  2. Peut-on vraiment l'espérer ? :-)

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  3. c'est la honte pour eux !!! je le savais

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  4. Le CodinGame met certainement moins les développeurs sous les projecteurs, mais justement, c'est pas du spectacle, c'est très bien organisé, la difficulté est là et en plus c'est gratuit. What else ?

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  5. J'aurai bien voulu y être. Juste pour l'ambiance 8-)

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  6. Quelques liens supplémentaires tout aussi critiques sur le sujet :
    http://blog.mageekbox.net/?post/2013/08/12/Meilleur-développeur-de-France-Vraiment
    http://blog.mageekbox.net/?post/2013/10/14/%C3%80-propos-de-l-image-du-d%C3%A9veloppeur
    http://blog.javabien.net/2013/10/11/meilleur-de-dev-de-france-1023/

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  7. Il y a des avis différents autour de ce sujet! :) Quant à moi, je cherche à prendre part à presque tous les concours car c'est très gai! :) Le plus souvent je faire cela au casino en ligne car là il y a beaucoup de bonus et la possibilité de gagner bcp de choses! :)

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